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Élections générales en Éthiopie : l'ouverture démocratique avortée

·6 min de lecture

L'heure est au dépouillement en Éthiopie. Mais la crédibilité du scrutin régional et législatif organisé le 21 juin peine à convaincre les observateurs de ce pays de la Corne de l'Afrique. Déçus, ils ne voient dans ce scrutin qu'un simulacre de démocratie dans un pays dévoré par les rivalités régionales qui s'enfonce dans la guerre civile.

Abiy Ahmed avait promis des élections les plus démocratiques que l'Éthiopie ait jamais connues. "Elles n'ont été ni libres, ni indépendantes", constate amèrement Roland Marchal, chercheur au Ceri, contacté par France 24. Au lendemain des scrutins législatifs et régionaux du 21 juin qui doivent désigner les responsables locaux et députés, les opérations de comptage des voix étaient en cours mardi dans tout le pays, ou presque. Car cette double élection n'a pu être organisée dans un cinquième des circonscriptions pour des raisons sécuritaires ou logistiques, notamment dans la région du Tigré en guerre depuis novembre 2020 contre Addis Abeba.

Une situation qui n'a pas empêché le Premier ministre, Abiy Ahmed, de saluer mardi une journée "historique" pour le pays. "Toutes les couches de la société sont sorties pour faire entendre leur voix lors des premières élections libres et équitables de notre pays", a-t-il écrit sur Twitter, soulignant "le sérieux, l'engagement (des Éthiopiens) envers la paix et le processus démocratique."

Forte participation et pression des autorités

Il y avait effectivement foule devant les bureaux de vote, faisant mentir les observateurs internationaux qui prévoyaient une abstention record. Il faut dire que la commission électorale avait tout prévu, jusqu'à déclarer ce jour de vote férié pour tous. Conséquence : les bureaux de vote, qui devaient initialement fermer leurs portes à 18 h, ont finalement clos le vote à 21 h pour faire face à l'affluence.

Une mobilisation en trompe-l'œil, selon les observateurs. "À tous les niveaux, ce scrutin n'a pas été libre, explique René Lefort, chercheur indépendant, spécialiste de la Corne de l'Afrique sur France Culture. Les pressions du pouvoir ont été extrêmement fortes, d'abord pour enregistrer les électeurs sur les listes électorales. Puis les administrations locales ont fait pression sur les citoyens pour qu'ils se rendent dans les bureaux de vote. On attend désormais le dépouillement. Mais là encore, on ne peut pas exclure de fraudes additionnelles."

Si le scrutin a pu se tenir de manière compétitive dans la région d'Amhara et à Addis Abeba, partout ailleurs, ces élections n'ont été qu'une vague "tentative de justification démocratique, résume Gérard Prunier, dans un entretien à France 24. Elles n'ont aucune légitimité."

Un pays divisé

En Oromia, région la plus peuplée du pays dont est originaire Abiy Ahmed, les deux principaux partis d'opposition ont boycotté le scrutin pour protester notamment contre l'emprisonnement de leurs dirigeants. Des problèmes d'acheminement de bulletins ont contraint à interrompre le vote lundi dans quelques circonscriptions, notamment dans 19 de la région de Sidama (sud) où le vote a été rouvert mardi, a indiqué la commission électorale (NEBE). Pas d'élection au Tigré, où la rapide opération de "maintien de l'ordre" lancée par Abiy en novembre pour destituer les autorités régionales dissidentes a dégénéré en un conflit dévastateur. Dans ce contexte, la NEBE a malgré tout indiqué que la journée de lundi s'était déroulée globalement dans le calme. Elle a toutefois rapporté quelques actes "d'intimidation de représentants de partis" dans les régions de l'Amhara, du SNNPR (Sud) et de l'Afar.

L'actuel Premier ministre espère tirer de ce scrutin la légitimité populaire qui lui fait défaut. Pour le moment, il tient. "La propagande du régime autour de l'élection a permis de faire illusion aux yeux d'une partie de la population, commente Roland Marchal. Il y a aussi ceux qui pensent qu'Abiy a réduit le nombre de conflits dans le pays et c'est en partie vrai. Il reste aussi populaire chez les Amhara, qui haïssent les Tigréens et le considèrent comme un chef de guerre. D'autres apprécient en lui le responsable politique qui ne se soumet pas aux pressions internationales. Mais ce n'est pas le cas du reste du pays qui reste profondément divisé, notamment sur la question de la guerre au Tigré."

La communauté internationale attentive

Et le chercheur de poursuivre, "Abiy n'est pas responsable des tensions qui existent avec les Tigréens, car elles perdurent depuis plusieurs décennies, mais il aurait pu trouver un autre moyen d'éliminer le TPLF que les armes. Discrédité sur la scène internationale, il va ne pas pouvoir mener une politique économique ambitieuse sans aide financière internationale. Or tous les grands organismes financiers comme la Banque mondiale, lui ont déjà tourné le dos."

L'issue des élections est regardée de près par la communauté internationale, dont les États-Unis qui avaient exprimé leur inquiétude de voir un si grand nombre d'électeurs exclus du processus et la détention de responsables de l'opposition. Il n'est pas sûr que la situation s'améliore après les propos tenus lundi par la Haut-Commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Michelle Bachelet. À l'occasion de son traditionnel tour d'horizon sur les abus commis dans le monde, elle s'est dite "profondément perturbée" par les "graves violations" des droits humains dans la région éthiopienne du Tigré, où la situation humanitaire est "terrible" avec plus de 350 000 personnes en situation de famine.

Du prix Nobel aux condamnations internationales

Deux ans après son prix Nobel décerné en 2019 et l'accord de paix avec l'Érythrée, le premier Oromo à occuper le poste de Premier ministre avait pourtant fait souffler un vent du changement dès son arrivée au pouvoir : il a fait libérer des milliers de prisonniers politiques, favorisé le retour d'exilés, présenté des excuses pour les violences d'État... "On s'était pris à y croire, se souvient Gérard Prunier. Avec Abiy, on a cru qu'on allait quelque part, mais finalement, on est allé dans le mur. Il va être élu, le pays va se doter d'une nouvelle assemblée, de nouveaux élus... et les atrocités du régime vont se poursuivre", lâche le spécialiste, désabusé. "On s'aperçoit aujourd'hui qu'il se prend pour un prophète qui rêve de reconquérir le royaume de Ménélik par la voie du Pentecôtisme."

L'espoir de jours plus démocratiques en Éthiopie ? "Il n'y en aura pas avec Abiy Ahmed au pouvoir, conclut l'expert de la Corne de l'Afrique. Avec des emprisonnements de leaders de l'opposition, des exécutions sommaires, des massacres de masse au Tigré et des élections jouées d'avance, on peut difficilement faire régime plus autoritaire."

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