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L'ayatollah Sistani au pape François : les chrétiens d'Irak doivent vivre "en paix"

·4 min de lecture

Le pape François a rencontré à Najaf, au deuxième jour de sa visite en Irak, le grand ayatollah Ali Sistani, figure de l'islam chiite en Irak. Ce dernier a affirmé que les chrétiens d'Irak devaient "vivre en paix et en sécurité".

Le grand ayatollah Ali Sistani, référence religieuse de la plupart des chiites d'Irak et du monde, a affirmé au pape François, samedi 6 mars, que les chrétiens d'Irak devaient "vivre en paix et en sécurité" et bénéficier de "tous les droits constitutionnels".

Avec cette rencontre religieuse au sommet, l'une des plus importantes de l'histoire, le pape argentin voulait tendre la main à l'islam chiite, mais aussi porter la cause des chrétiens d'Irak – 1 % de la population dans ce pays musulman –, qui se disent régulièrement victimes de discrimination.

C'est la première fois dans l'histoire que le chef des 1,3 milliard de catholiques du monde s'entretient avec le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse de nombreux musulmans chiites d'Irak et d'ailleurs. Ce dernier a reçu le pape François dans sa modeste maison de la ville sainte chiite de Najaf, à 200 km au sud de Bagdad.

>> À lire : "Que se taisent les armes" : l'appel à la paix du pape François en Irak

Mais de cette rencontre au sommet n'ont filtré que deux choses. Une photo des deux hommes : le grand ayatollah, turban noir des descendants du prophète Mahomet et tenue assortie, et à sa gauche le pape, tout de blanc vêtu et flanqué de cardinaux en chapes rouges et noires. Et, surtout, un communiqué du bureau du grand ayatollah.

L'homme de 90 ans, longue barbe et carrure frêle, n'est jamais apparu en public. Il répond par écrit aux questions qui lui sont adressées et il fait lire ses sermons chaque vendredi par des représentants.

Cette fois-ci toutefois, il a fait publier un communiqué, remerciant personnellement le pape François de sa venue à Najaf à l'issue d'un huis-clos de 50 minutes entre les deux hommes.

>> À lire : Pape François en Irak : une visite "cruciale" après "30 ans de descente aux enfers"

Le grand ayatollah a assuré au pape "l'attention qu'il porte au fait que les citoyens chrétiens vivent comme tous les Irakiens en paix et en sécurité, forts de tous leurs droits constitutionnels", indique le texte.

Après avoir rencontré le clergé catholique à son arrivée vendredi à Bagdad, le pape argentin de 84 ans voulait tendre la main à l'islam chiite, deux ans après avoir signé avec le grand imam d'Al-Azhar, institution de l'islam sunnite en Égypte, un "document sur la fraternité humaine".

Garant de l’indépendance de l’Irak

L'ajout de cette étape au programme papal est une source de fierté pour de nombreux chiites dans un pays qui va depuis 40 ans de conflits en crises, en passant par une guerre civile meurtrière entre musulmans chiites et sunnites.

"Nous sommes fiers de ce que représente cette visite (…), elle va donner une autre dimension à la ville sainte", se félicite auprès de l'AFP le clerc chiite Mohammed Ali Bahr al-Ouloum.

Le grand ayatollah Ali Sistani est la plus haute autorité pour la majorité des 200 millions de chiites du monde – minoritaires parmi les 1,8 milliard de musulmans. Son unique rival religieux est le Guide suprême iranien, le grand ayatollah Ali Khamenei.

>> À voir : L'Irak se prépare à la visite du pape François

De nationalité iranienne, le grand ayatollah Sistani se pose depuis des décennies en garant de l'indépendance de l'Irak et dirige une école théologique qui prône le retrait des religieux de la politique – ils doivent seulement conseiller – au contraire de l'école de Qom, en Iran.

"L'école théologique de Najaf est plus laïque que celle de Qom, davantage religieuse", rappelle le cardinal espagnol Miguel Angel Ayuso, président du Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux. Najaf, ajoute-t-il encore, "accorde plus de poids à l'aspect social".

Des mots toujours savamment soupesés

Le grand ayatollah a d'ailleurs pesé de tout son poids pour faire tomber le gouvernement qu'ont conspué durant des mois, en 2019, de jeunes manifestants fatigués de voir leur pays s'enfoncer dans la corruption et la gabegie.

Le pape et le grand ayatollah sont deux personnalités religieuses qui font régulièrement des commentaires politiques. Mais tous deux soupèsent savamment leurs mots.

Une nouvelle fois, le pape a parsemé son discours aux autorités irakiennes d'allusions à la situation du pays, pris en étau entre ses deux grands alliés américain et iranien. "Que cessent les intérêts partisans, ces intérêts extérieurs qui se désintéressent de la population locale", a ainsi lancé François.

La visite du pape – sous très haute sécurité – se déroule aussi sur fond de confinement total, dans un pays qui recense plus de 5 000 contaminations par le Covid-19 chaque jour. Si le pape a été vacciné avant son voyage, le bureau du grand ayatollah n'a pas fait état de telles mesures.

Après Najaf, François doit continuer son parcours vers le sud, à Ur, ville antique où selon la tradition est né le patriarche Abraham. Là, il priera avec des dignitaires chiites, sunnites, yazidis et sabéens.

Avec AFP