Dans un environnement économique détestable, le groupe dirigé par Jean-Louis Chaussade a enregistré de très bonnes performances, et voit l'avenir avec vigilance mais sérénité.
Des trois sociétés historiques de distribution d'eau : la Générale des Eaux, devenue Veolia avec les problèmes qu'on lui connaît, la Saur, qui a été payée trop cher par ses actionnaires actuels et qui se cogne au mur de la dette, seule Suez Environnement, héritière de l'ancienne Lyonnaise des Eaux, tire son épingle du jeu. Surtout dans un contexte économique délétère, malgré des pressions à la baisse sur le prix de l'eau, lors des renouvellements de concessions, et par une production industrielle en recul qui pèse sur l'activité déchets.
Si le groupe que dirige Jean-Louis Chaussade, qui va bientôt fêter ses cinq années de cotation en bourse, est parvenu à faire preuve d'une telle résilience, avec un chiffre d'affaires en hausse de 2 %, un résultat brut d'exploitation de près de 2,5 milliards d'euros (excusez du peu !) et un résultat net de 251 millions (affecté par des éléments exceptionnels en Italie et en Australie), ce n'est pas le fruit du hasard. Mais de trois règles de gestion définies dès 2008 et auxquelles le groupe n'a jamais dérogé.
Primo : un modèle économique reposant sur le développement de l'activité historique (l'eau) qui continue de bien performer, sur une activité déchets qui souffre pour le moment en attendant un rebond de l'activité industrielle, et sur un déploiement à l'international qui s'amplifie. L'Asie représente désormais 1,3 milliard d'euros de chiffre d'affaires. L'usine de dessalement de Melbourne, qui a posé tant de soucis, fonctionne désormais à plein régime et constitue une vitrine que visitent tous les pays en situation de stress hydrique. Mais le groupe continue aussi de se déployer aux Etats-Unis, où il vient de remporter un gros contrat en association avec KKR dans le New Jersey, et même en Europe Centrale avec la concession de Poznam.
Secundo : à la différence de ses concurrents, Suez Environnement s'est toujours plié à une discipline financière très stricte en limitant à 3 le ratio de dette sur Ebitda, dans un secteur qui est pourtant très consommateur de capitaux. Cela avait été annoncé dès l'introduction en bourse. Et cette ligne rouge n'a jamais été franchie, exception faite des variations de change.
Tertio : le groupe maîtrise parfaitement bien ses investissements comme ses dépenses d'exploitation. L'an passé, il a réduit celles-ci de 150 millions d'euros, contre un objectif initial de 110 millions. Et en 2013, il compte encore économiser environ 150 millions d'euros.
Ce modèle économique, qui montré sa pertinence en 2012, assure à Suez Environnement et à ses actionnaires une visibilité hors pair pour 2013. L'exercice en cours devrait donc voir le chiffre d'affaires croître. Le résultat brut d'exploitation devrait marquer une nouvelle progression d'au moins 4 %. Et le cash flow disponible devrait s'élever à un milliard d'euros. Tout cela permet au groupe d'assurer qu'il reconduira la distribution en 2014 d'un dividende de 0,65 euro, identique à celui qui sera distribué dans quelques semaines. Tout cela justifie surtout que le titre, qui a déjà gagné 20 % au cours des trois derniers mois, poursuive son rebond au cours de l'année 2013.

