GS
Le 14 novembre, une centaine de managing directors de la banque américaine recevront un appel leur annonçant qu'ils sont promus associés. Une culture d'entreprise unique, toujours aussi efficace.
"Félicitations, vous êtes nommé associé". Tel est le coup de fil mythique reçu le 14 novembre par une centaine de managing directors de Goldman Sachs, qui ont eu la chance d'être sélectionnés parmi leurs brillants congénères. Ce type d'organisation fait la particularité de la banque au sein des puissantes firmes de Wall Street car la culture d'entreprise y est restée aussi forte, même si la banque est cotée depuis 1999. L'association consacre de nombreuses années de travail ardu, mais également un état d'esprit "Goldman" qui reste très prégnant. Tour d'horizon du process de sélection et du sésame auquel les heureux élus accèdent par ce biais.
La méthode est bien rythmée - une sélection tous les deux ans - et huilée. Chaque département fournit la liste de ses candidats potentiels, qui est étudiée par des "partners" d'autres divisions. Une fois qu'ils ont donné leur avis, elle est transmise aux chefs des divisions et à la direction générale, et évolue souvent jusqu'à la dernière minute. Tout cela est censé rester confidentiel, personne n'est interviewé mais tous les professionnels ambitieux savent dès qu'ils figurent sur cette liste, et n'ont qu'à attendre. Leur efficacité commerciale est examinée, mais aussi leurs compétences de managers, leur culture et leurs valeurs. Il convient de rentrer dans la culture Goldman Sachs. Une fois les décisions prises, les recalés sont en général informés avant l'annonce, donc tout silence de sa hiérarchie est jugé positif.
Le jour J - mercredi 14 novembre 2012 pour la prochaine sélection -, les heureux élus sont appelés par le CEO Lloyd Blankfein lui-même, qui leur indique qu'ils font désormais partie du saint des saints. Qu'en est-il alors? Un grand soulagement, beaucoup de fierté. Et une juteuse rémunération en prime: un fixe démarrant à près d'un million de dollars par an, auquel s'ajoute le bonus, pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars annuels.
De l'avis général, si tous ont dû travailler avec acharnement pour parvenir à ce rang, cela ne signifie pas la fin de leurs efforts, loin s'en faut. Mais ils ont alors un accès inédit à la direction générale, peuvent co-investir aux côtés de la firme et entrent dans un réseau très actif. Un entourage qui leur sera particulièrement utile quand ils seront "désassociés", car à chaque fois, le nombre de nominations équivaut au même nombre de sorties, en toute discrétion. Parmi ces brillants professionnels, nombreux sont ceux qui se recyclent dans l'administration, ce qui a valu à la banque son surnom de "Government Sachs".
Pourtant, l'image d'institution inébranlable de Goldman a évolué depuis 2008. Les conditions économiques sont plus difficiles, les banquiers et leurs généreuses rémunérations sont montrés du doigt et de plus en plus encadrées. Surtout Goldman Sachs a pâti des révélations d'anciens salariés, qui ont dénoncé une entreprise sans foi ni loi, obsédée par le profit et où certains clients étaient traités de "muppets", des marionnettes flouées par exemple lors de la crise des subprimes. La banque aurait en outre contribué à maquiller les comptes publics de la Grèce, dont le sauvetage a marqué le début de l'ébranlement de la zone euro.
Quels que soient les scandales qui ont pu l'éclabousser, Goldman Sachs reste une tour d'ivoire dans l'univers de Wall Street. Plus que le "requin" tel qu'on a pu la surnommer, la banque serait plutôt un caméléon qui s'est adapté aux nouvelles conditions de marché pour continuer à engranger de juteux profits. De quoi continuer à alimenter la liste de ses candidats à l'association pour de nombreuses années encore.

