VirginButler Capital, spécialiste de la reprise d'entreprises en difficultés, est en voie de perdre sa mise de 15 millions d'euros dans Virgin France. Les affres d'un métier où il faut compter sur une part de casse.
Walter Butler a l'habitude des situations périlleuses. A la tête de son fonds Butler Capital Partners spécialisé dans le retournement depuis 1991, il a vu plus d'une participation condamnée à déclarer la cessation de paiement, faute d'avoir modernisé assez vite son outil industriel ou pris le virage de l'innovation dans son marché. C'est aujourd'hui le cas de Virgin France, la filiale hexagonale des célèbres magasins de musique et vidéo, rachetée à Lagardère en 2008 alors qu'elle éprouvait déjà les premières difficultés.
Le fonds avait alors misé sur la force de cette marque internationale (qui a pourtant fermé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne depuis) et le potentiel de développement de deux créneaux : le marché électronique et les jeux vidéo. Mais las, ils n'ont pas été épargnés et l'activité a périclité. Ainsi, le marché physique des ventes de disques, DVD et livres s'est fortement replié, sous l'effet de l'explosion du e-commerce et de la crise, qui a sapé la croissance et la consommation. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: chute de 70% des ventes de CD depuis dix ans, repli de 15% des ventes de DVD depuis cinq ans et même de 5 à 10% du livre en magasins l'an passé. Acculé par une dette de 22 millions d'euros et un bail prohibitif de son magasin-phare sur les Champs-Elysées, Virgin se voit obligé de passer en cessation de paiement, et d'ouvrir une procédure judiciaire. Butler Capital Partners, actionnaire à 74%, va probablement perdre les 15 millions d'euros qu'il avait déboursés jusqu'à présent dans la société, tout comme Lagardère, qui en a gardé 20%. Sans compter les 1000 emplois menacés.
Cette situation est pourtant bien connue de Butler, habitué aux situations extrêmes. Parfois le dénouement a été heureux, comme lors de la sulfureuse reprise de la SNCM en 2006, qui lui a permis de multiplier sa mise par cinq en à peine deux ans. La même année, il rachète 33% du capital du Paris Saint-Germain aux côtés de Colony Capital, avant de lui en céder 28% moins de deux ans plus tard. Une bonne intuition étant donné que le club de football va ensuite coûter cher à son actionnaire, mais qui aurait pu être encore plus gagnante, car les qataris prendront le contrôle en 2011, offrant avec une prime conséquente pour entrer dans le saint des saint du sport français.
Autre exemple de success story: celle de France Champignon. Butler Capital a réussi la transformation de cet industriel, certes au prix de coupes lourdes dans les effectifs, pour la revendre à bon compte en 2010, sept ans après son acquisition, au leader mondial coté des légumes, Bonduelle. Plus récemment, il a repris le vendeur d'appareils électroniques Anovo à la barre du tribunal de commerce, soit 4400 personnes et s'est engagé à verser 22 millions d'euros et à le faire revenir à l'équilibre dans les 18 mois.
Mais la réputation de Walter Butler doit aussi s'accommoder de "casseroles" et autres dossiers mal en point. En premier lieu Sernam, point d'orgue de la campagne présidentielle. Après avoir échoué à un rapprochement industriel avec le réseau de messagerie Mory, le financier avait annoncé son intention de se retirer et provoqué le branle-bas de combat des autorités, confrontés à 1600 emplois en jeu. Autre dossier difficile, les casinos Partouche. Toujours prêt à relever les défis d'envergure, Butler Capital a participé à l'augmentation de capital de 30 millions d'euros du groupe de casinos coté en 2011, au prix moyen de 1,5 euro par action. Or le titre ne vaut plus qu'un peu plus d'1 euro, contre 11 euros en 2008, et le groupe a dû renoncer à son activité de poker. Mais ce n'est qu'un challenge de plus pour son actionnaire minoritaire, habitué à jouer "all in" quitte à devoir sortir de table rapidement.

