
Cela fait plus d'un an que les investisseurs européens, voire mondiaux surveillent comme le lait sur le feu ce qui se passe en Grèce, si ce petit pays qui représente à peine 2 % de la richesse européenne va enfin trouver solution, et s'il en sera de même de manière pérenne pour des économies plus importantes comme l'Espagne ou l'Italie, voire le Portugal. Ce sont là des préoccupations dont chaque rebondissement, quasi quotidien explique les soubresauts des marchés depuis six mois. Nous avons eu droit à une phase de profonde déprime pendant tout l'été. Et depuis le sommet du 9 décembre, les investisseurs ont compris que la volonté politique pouvait l'emporter. Ce qui explique que depuis cette date l'indice CAC 40 a rebondi de près de 10 %.
Il reste que les investisseurs continuent de danser sur un volcan. Le plan grec vient d'être à nouveau ajourné en dépit des efforts incroyables des uns et des autres. Et plus personne ne peut désormais exclure un scénario de sortie de la Grèce (largement souhaité par l'opinion publique allemande) juste après les élections à Athènes. En se focalisant sur cet "arc de crise", comme cela arrive souvent, les opérateurs en oublient curieusement les mouvements très inquiétants qui se passent à des milliers de kilomètres de là, dans le détroit d'Ormuz.
Au cours de la seule journée de mercredi les prix du pétrole se sont envolés de près de 3 dollars après que l'Iran ait exprimé son intention de revoir à la baisse ses exportations de brut à destination de six pays européens. Le Baril de brent est aussi monté tout près de 120 dollars. Depuis quelques semaines une nouvelle guerre des nerfs a lieu entre l'Iran et l'Europe au sujet de ses installations nucléaires, conduisant plusieurs pays européens à décréter un embargo graduel débutant en juillet prochain. Mais Téhéran a répliqué en menaçant d'interrompre de manière immédiate ses exportations de pétrole vers l'Europe (20 % des volumes). Ce qui a amené le Fonds Monétaire International à estimer que le prix du pétrole pourrait flamber de 30 dollars si la menace était mise à exécution. D'autres experts commencent à parler d'un prix du baril de 200 dollars. Autant dire que la faillite grecque, aussi dramatique soit-elle, serait une farce comparée à une telle hypothèse.
Les investisseurs préfèrent les actions qui rapportent à l'or inerte
Le grand mystère dans tout cet environnement bien instable tient au peu d'engouement que suscite l'or. Certes le métal jaune n'a pas totalement démérité. Depuis le début de l'année, il a progressé de 10 %, et de 25 % en l'espace d'un an. Mais les fonds spéculatifs qui avaient beaucoup misé sur ce que Keynes appelait la "relique barbare", il y a deux ou trois ans préfèrent aujourd'hui jouer un possible rebond des marchés d'actions et des rendements élevés sur certaines obligations plutôt que de s'intéresser au métal jaune.
Dans le dernier numéro de Fortune, Warren Buffett, le Sage d'Omaha, dont beaucoup suivent les recommandations a expliqué pourquoi il n'aimait pas l'or. De façon simpliste, mais très claire. "Aujourd'hui, a-t-il expliqué, tout le stock d'or mondial représente 170.000 tonnes. Si on le fondait, il formerait un cube de 20 mètres de côté. Au prix de 1.750 dollars l'once, cela donne une valeur totale de 9.600 milliards de dollars. Appelons le, la pile A.
Créons maintenant une pile B représentant la même valeur. Avec ça, on peut acheter toutes les terres cultivées des USA (162 millions d'hectares générant annuellement 200 milliards de dollars), plus 16 Exxon Mobil (l'entreprise la plus profitable au monde avec un bénéfice net annuel de plus de 40 milliards de dollars). Après ces achats, il resterait encore 1.000 milliards pour des petites dépenses. Pouvez-vous imaginer qu'un investisseur disposant de 9.600 milliards choisisse plutôt la pile A que la pile B ?
Et Warren Buffett d'insister sur le caractère stérile de l'or. "Au cours du siècle qui vient, les 162 millions d'hectares vont produire des quantités énormes de céréales, etc... et Exxon Mobil aura distribué des milliers de milliards de dollars sous forme de dividendes. Pendant ce temps-là, les 170.000 tonnes métriques d'or n'auront pas changé de taille et seront toujours aussi incapables de produire quoi que ce soit." Aveuglé par son orgueil l'Oracle d'Omaha s'est trompé quelquefois. Mais, là, personne ne peut nier la justesse de son raisonnement. Ce qui explique sans doute que l'or brille si peu par les temps qui courent.

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