Livret AComme on pouvait s'y attendre, le Livret A et le Livret de Développement Durable ont connu en octobre une collecte nette record. Qui n'apporte rien à l'économie et affaiblit les banques.
C'était l'une des premières promesses de François Hollande : augmenter le plafond du Livret A afin de mieux financer le logement social (il était question de le doubler !) et faire de même avec le Livret de Développement Durable afin de donner des fonds nouveaux à la future Banque Publique pour l'Investissement qui s'apprête à voir le jour.
D'abord on peut s'étonner que cette mesure à contre-emploi ait figuré dans le programme du candidat socialiste. A contre-emploi, d'abord parce que le relèvement du plafond du Livret A, instrument d'épargne totalement défiscalisé, constitue l'élargissement d'une superbe niche pour les particuliers possédant des liquidités. Moins de 9 % des 60 millions de titulaires de Livrets sont capables de remplir totalement ces derniers, et ils ne coïncident pas du tout avec l'électorat qui a hissé François Hollande à l'Elysée.
Seconde incompréhension dans cette mesure : le Livret A a beau avoir été conçu pour financer le logement social, sous l'égide de la Caisse des Dépôts, ce n'est pas en mettant plus d'argent dans ses filets que la France va résoudre son problème de pénurie de logement. Les encours totaux du Livret A dépassent les 230 milliards d'euros. Et sur cette somme moins de la moitié finance réellement du logement social. Le problème, ce n'est pas l'argent, ce sont les terrains, les communes, les réserves foncières, bref la place pour implanter des logements sociaux. Et vouloir réduire cette question à une pure équation financière a constitué un "miroir aux alouettes".
Il reste que le relèvement du plafond du Livret A (dans un premier temps de 25 %, au premier octobre dernier) a constitué une triple faute, surtout compte tenu de l'environnement économique du moment. Primo, des transferts massifs de liquidités ont eu lieu des comptes à vue des particuliers vers ces livrets A. Ce qui a contribué à déstabiliser les bilans bancaires. En transférant ipso facto une partie de ces ressources vers la Caisse des Dépôts. En vidant un certain nombre de contrats d'assurance-vie. Et en s'accompagnant d'une baisse du taux de commissionnement des banques qui s'apprête à passer à 0,42 %, alors qu'il y a quatre ans, il était encore proche de 1 %. Tout cela à un moment où les directeurs financiers des grandes banques s'arrachent les cheveux pour améliorer leur "funding"
Secundo, cette mesure a contribué à faire du Livret A le phare de tous les placements. Celui qui cumule la plus grande neutralité fiscale, la plus grande sécurité et la meilleure liquidité. Désormais une famille avec deux enfants peut placer en franchise d'impôt près de 125.000 euros à travers les Livrets A et les Livrets de Développement Durable, à des taux qui se comparent de manière honnête avec ce que l'assurance-vie va proposer en 2012. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner que les ménages aient ralenti leur consommation, dés la fin du mois d'août. Et que ce moteur économique tombant en panne, la France plonge sans doute dans la récession au cours du quatrième trimestre.
Tertio le relèvement du plafond des livrets défiscalisés profite, on l'a vu, à une frange minoritaire et aisée de français, qui avait tendance jusqu'ici à faire de l'assurance-vie leur placement préféré. Celle-ci poursuit donc naturellement sa décollecte. Ce qui va finir par poser un problème de fond pour le financement de l'ensemble de l'économie. Qu'il s'agisse du déficit budgétaire qui reste majoritairement financé par les contrats en euros. Ou qu'il s'agisse des entreprises qui bénéficient des contrats en unités de compte. A vouloir renationaliser l'épargne à court terme, comme l'a fait le gouvernement en arrivant, il a privé l'ensemble des créateurs de richesse de cet oxygène qui circule dans le sang et qui permet de courir le marathon de la mondialisation. Voilà qui va être maintenant difficile à détricoter alors qu'un nouveau relèvement du plafond du Livret A se profile pour la fin de l'année.
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