
Les pouvoirs publics s'inquiètent de l'importance des plans sociaux en préparation. Ils en oublient que les entreprises ne font que s'adapter à l'impéritie de l'Etat et à la dégradation de la conjoncture.
C'est une chose terrible pour un dirigeant d'entreprise que de devoir se séparer de collaborateurs. Que ce soit sous une forme individuelle et négociée ou que ce soit à travers un plan social, souvent appelé plan de sauvegarde de l'emploi. Et le propre des bons capitaines d'industrie est de ne pas attendre qu'il soit trop tard pour procéder à ces décisions difficiles. De manière à ce que les "victimes" soient mieux indemnisées. De manière aussi à ce que l'ampleur des plans sociaux en question soit limitée.
L'été commence violemment sur ce front avec Sanofi, Air France, puis PSA-Peugeot-Citroën et sans doute d'autres grands noms de l'industrie française dans les semaines qui viennent, sans compter tout ce qui a déjà filtré de la part des opérateurs en télécommunications. Quand cela émane de sociétés qui affichent des pertes, les pouvoirs publics sont souvent remplis de mansuétude, tant ils se méfient des groupes qui gagnent trop d'argent. Quand cela vient, au contraire, d'entreprises bénéficiaires qui cherchent à éviter de sombrer dans "le rouge", l'Etat se met à froncer les sourcils, voire à parler - ô injure ! - de "licenciements boursiers".
Peut-être faudra-t-il un jour que les représentants du monde patronal expliquent au Premier ministre que l'époque a disparu où l'on pouvait maintenir en survie les "allumeurs de réverbères" alors que l'électricité rayonnait dans Paris ? Peut-être faudra-t-il expliquer à la nouvelle majorité que lorsqu'une entreprise met en place un plan social, c'est pour faire face à une baisse de ses commandes et une hausse de ses charges ? Peut-être faudra-t-il répéter à quel point les entreprises vont être matraquées fiscalement dans le collectif budgétaire en discussion ?
Le paradoxe de la situation, c'est que les entreprises, dont la fonction principale est de créer de la richesse et de l'emploi, ne sont plus regardées désormais que comme des vaches à lait fiscales, ou des coupeuses de tête. Alors que dans les deux cas, elles ne font que subir l'impéritie de l'Etat qui ose, de surcroît, leur reprocher leur réactivité. C'est bien pourquoi, avant d'imposer aux entreprises autant de prélèvements supplémentaires, l'Etat aurait été bien inspiré de reprendre à son compte les méthodes qu'il dénonce et qui sont incontournables dans le monde de l'entreprise afin de mettre "les comptes au carré". C'est-à-dire réduire les dépenses, arrêter d'emprunter pour payer des frais de fonctionnement, et diminuer les effectifs de la fonction publique. Bref retirer la poutre qu'il a dans son oeil, plutôt que de dénoncer la paille des plans sociaux.
