Quand les 1 % des français qui acquittent actuellement 30 % de l'impôt sur le revenu seront partis hors de France, ce sont les 70 % restants qui devront payer leur part. Et ils représentent moins d'un foyer sur deux.
Beaucoup de choses ont déjà été dites ou écrites sur l'affaire liée à l'exil fiscal de Gérard Depardieu. C'est un fait : notre Cyrano national s'installe juste de l'autre côté de la frontière. Et comme pour faire un pied de nez à notre administration fiscale, il va même élire domicile dans une ancienne douane !
Ce qui est pathétique n'est pas son départ, qui est l'un parmi des 150 constatés chaque mois actuellement. Ce qui est pathétique, c'est la manière dont le gouvernement considère ce problème. Car plutôt que de se demander comment un personnage de légende comme Depardieu - qu'il soit adulé ou détesté - en vient à abandonner un hôtel particulier douillet du Paris BoBo pour un bâtiment administratif à l'orée du plat pays, nos gouvernants n'ont trouvé qu'un seul mot - "minable" -, jetant ainsi un peu plus d'huile sur le feu de cette affaire, sans faire la moindre introspection sur les conséquences de l'assommoir fiscal qu'ils ont élaboré en l'espace de six mois, avec 25 impôts supplémentaires ou augmentés depuis juin dernier.
Mais l'arbre Depardieu ne doit pas cacher la forêt de problèmes qui va obscurcir l'horizon de la majorité socialiste et qui s'avance, comme dans Macbeth de Shakespeare. Car à un moment ou à un autre, nos dirigeants vont devoir prendre conscience - hélas ils n'en sont pas encore là ! - qu'il devient beaucoup plus difficile de faire de la croissance quand toutes les forces vives partent déployer leurs talents dans des pays où l'initiative, l'audace et le mérites ne sont pas insultés et punis tous les matins.
Quand Denis Payre, qui a fondé Kiala après avoir créé Business Objects, est revenu en France grâce au bouclier fiscal mis en place sous le précédent quinquennat, la France a réussi à faire revenir plus qu'un entrepreneur, un créateur de milliers d'emplois. Sa décision est prise : Denis Payre va suivre le même chemin que Depardieu. Et lorsqu'il créera une troisième entreprise, les emplois qu'il mettra en place seront pour les belges, les anglais ou les suisses. Voilà une conséquence bien plus concrète que les noms d'oiseaux qui ont accompagné l'annonce du départ de Gérard Depardieu.
La seconde conséquence dont personne ne parle jamais - hélas ! - c'est qu'à l'heure actuelle 30 % de l'impôt sur le revenu est acquitté par 1 % des français les plus aisés. Cela est normal et n'a jamais choqué personne, tant que l'impôt n'était pas spoliateur. Mais à partir du moment où un individu travaille jusqu'au mois de novembre pour l'Etat et les deux mois restants pour lui et sa famille, il est légitime qu'il aille voir ailleurs, dans une Europe où la règle d'or est la libre circulation des hommes et des capitaux.
A ce rythme-là viendra donc un moment où ce 1 % des français aura disparu et il faudra trouver d'autres citoyens pour acquitter ces 30 % qui manqueront à l'appel. Comme à l'autre bout de l'échelle, 54 % des foyers fiscaux ne payent pas l'impôt sur le revenu, cela signifie qu'une surtaxation massive des classes moyennes - mais pas fortunées - se prépare. C'est-à-dire un énorme coup d'assommoir sur tous ceux qui participent à la croissance du pays dans les grandes entreprises, dans les PME ou au sein des professions libérales. Et ces français-là, s'ils ne peuvent pas voter avec leurs pieds comme Gérard Depardieu ou Denis Payre, voteront avec leurs deux mains sans état d'âme, parce qu'ils en auront simplement assez d'être des "pigeons".

