StartupLes entrepreneurs sont encore nombreux en France. Si on amplifie le statut de JEI, qu'on y draine 5% de la collecte d'assurance vie et qu'on aménage le crédit impôt recherche, on pourrait gagner 1 point de PIB.
La France est le seul pays au monde où financer une jeune entreprise revient à faire du "capital risque", alors que le mot "venture" en anglais est synonyme d'aventure, de challenge. Une anecdote qui rend bien compte de la frilosité française à assumer et soutenir ses jeunes pépites. C'est ce qu'a déploré, lors d'un petit-déjeuner récent, le fonds Truffle Capital, cofondé et dirigé par Philippe Pouletty, qui estime que malgré la crise, la France est un terreau d'entrepreneurs de talent, que l'on doit accompagner sous peine de les voir émigrer vers des territoires plus favorables.
Truffle Capital est un des investisseurs les plus actifs dans le venture français, puisqu'il a financé des success stories dans les sciences de la vie comme Carmat (qui a levé 15,5 millions d'euros lors de son IPO en 2010, et qui vaut depuis 5 fois plus), Deinove (+33% depuis son introduction en 2010), Vexim (une des rares sociétés à être parvenue à entrer en Bourse cette année) ou encore Theradiag, biotech entrée sur Alternext mardi et dont le cours est stable depuis.
En tant que deuxième gérant indépendant de FCPI en France, Truffle Capital est donc légitime à faire parler son expérience et son avis sur l'évolution du contexte économique et fiscal pour l'innovation en France. Le constat est sans appel: "il est nécessaire de revenir sur certaines des dispositions pénalisantes du PLF 2013, notamment en matière de taxation sur les plus-values, et renforcer quelques mesures phares comme la JEI et le crédit impôt recherche", prévient Philippe Pouletty.
Sur les plus-values, la réaction rapide du gouvernement après le mouvement de révolte des Pigeons n'a pas empêché un tour de vis fiscal. La réforme sur les plus-values de cession d'entreprise a été votée hier à l'Assemblée. Désormais, celles-ci seront taxées entre 42,5 et 60% selon le niveau et la durée de détention, contre 34,5% en 2012. "Avec cette mesure, les entrepreneurs ne trouveront plus personne pour les aider financièrement à démarrer leur boîte... leur enlevant donc toute perspective de future fortune", a réagi Jean-David Chamboredon, président du fonds de capital risque Isaï. Le mouvement des Pigeons, qu'il dirige, souhaitait plutôt un abattement de 15% pour les entrepreneurs qui ne se seraient pas versés de dividende pendant leur période de détention. Car finalement, quel mal à revendre une success story que l'on a fondé en moins de six ans? Faut-il s'excuser d'avoir de bonnes idées, qui font de jeunes millionnaires prêts à réinvestir leur fortune dans de nouveaux autres projets?
Truffle Capital suggère aussi de muscler la jeune entreprise innovante via le statut de "super JEI". Il propose de rallonger sa durée de 8 à 15 ans, à partir d'un seuil de R&D de 15% (jusqu'à 20% au bout de 15 ans). Leur assurer une exonération totale des charges patronales et de l'impôt sur les plus-values, afin de ne pas brider leur développement, comme c'est le cas pour l'assurance vie. Tout cela pour un coût raisonnable: entre 200 et 300 millions d'euros. Autre proposition, véritable serpent de mer: imposer qu'un quota de 5% de la collecte de l'assurance vie soit investi dans les JEI, ce qui permettrait de multiplier par 3 ou 4 les volumes d'investissement dans ces entreprises. En 2005, les assureurs s'étaient engagés "moralement" à le faire... mais sept ans plus tard, n'ont abondé que 1% de leur gigantesque enveloppe.
Enfin, le crédit impôt recherche (CIR). L'investisseur souhaite que les avances remboursables d'Oseo soient réintégrées dans les dépenses éligibles au CIR, qu'il soit restauré à 50% la première année et à 40% la deuxième année de vie de ces JEI. Last but not least, afin de faire en sorte que le système ne soit pas dévoyé, conditionner 50% du CIR des grandes entreprises à des collaborations avec des PME. Ces quelques mesures, notamment la ponction d'une petite partie des 1500 milliards d'euros d'épargne des français, pourraient faire gagner 1 point de PIB, et cela pour des coûts plus que raisonnables. La France n'est pas dans une situation où elle peut se passer de relais de croissance. Alors que le gouvernement se décide enfin à mettre en place son véritable "pacte" de compétitivité.

