Après voir voulu faire "rendre gorge" à la famille Peugeot, le ministre du Redressement Productif veut chasser Mittal de France et nationaliser ses hauts-fourneaux. Difficile, dans ces conditions, de refaire de la France un territoire attractif.
C'est très bien d'avoir un gouvernement qui se soucie enfin de la compétitivité de ses entreprises. C'est parfait de vouloir développer l'image du "Made in France". C'est formidable de vouloir redorer le blason des investissements étrangers dans l'Hexagone. C'est idéal, lorsque le Président de la République prend enfin conscience de la crise qui frappe l'économie marchande, après l'avoir niée pendant toute la campagne.
Mais lorsqu'au même moment le ministre du Redressement Productif, qui tient lieu de ministre de l'Industrie, déclare à propos d'un industriel étranger installé en Lorraine depuis six ans : "Nous ne voulons plus de Mittal en France" et prépare un schéma de "nationalisation transitoire", il faut craindre le pire.
Le pire d'abord, pour ces sites industriels de Florange qui subissent le contrecoup de la dégradation de l'environnement économique. Pour Arnaud Montebourg, qui a déjà fait preuve dans le dossier de l'usine d'Aulnay-sous-Bois d'un manichéisme excessif : "le problème des hauts fourneaux de Florange, c'est Mittal". Si au moins c'était vrai, on pourrait se dire : "formidable, organisons un changement d'actionnaire". Mais chacun sait bien, hélas, qu'en Belgique et en France, tout ce que l'on appelle la "filière chaude" est menacée par la chute mondiale de la demande d'acier. Et si par malheur l'Etat devient actionnaire de ces sites, combien de centaines de millions d'euros, voire de milliards - qu'il n'a pas - va-t-il devoir engager pour maintenir ces sites en respiration artificielle ?
Le pire est ensuite pour tous les français qui vont comprendre, avec un tel message envoyé à Mittal comme aux salariés de Florange : si vous avez un problème avec votre patron ou votre actionnaire, l'Etat est là pour le mettre à la porte et prendre sa place s'il le faut. A l'heure où, dans tous les pays émergents et dans les vieux pays développés qui mènent des réformes de structures, chacun retrousse ses manches, ce message d'Arnaud Montebourg est non seulement déplacé, mais surtout contraire à l'intérêt général.
Le pire est enfin pour les rares investisseurs étrangers qui avaient encore envie de venir prendre racine sur le sol français. Certains, comme le patron d'Unilever, mis à mal par l'affaire Fralib, ou celui de Clairefontaine, avaient déjà souligné au mois de septembre dernier le risque pour la France de devenir un "Etat de non-droit". Maintenant nous y sommes ! Les industriels étrangers savent qu'ils ne sont pas les bienvenus en France, que le droit y est à géométrie variable, que les règles fiscales changent plus souvent que les saisons avec un caractère rétroactif et que leur marge de manoeuvre est nulle. Voilà le message laissé aujourd'hui par Arnaud Montebourg à Mittal et à la planète entière. Un message que l'économie française va payer cher et longtemps!

