Livret A (crédits Reuters)
"Votre argent m'intéresse". Ce fameux slogan publicitaire, qui commence à dater un petit peu, aurait pu être l'un des mots d'ordre de la campagne du candidat socialiste, tant il a semblé préoccupé par l'importance de l'épargne des français.
Un taux d'épargne qui n'a jamais été aussi élevé, comme l'ont confirmé, en fin de semaine dernière, l'Autorité des Marchés Financiers et l'Autorité de Contrôle Prudentiel, émanation de la Banque de France.
Dans ses soixante propositions initiales, le nouveau Président de la République avait imaginé doubler le plafond du Livret A (actuellement fixé à 15.300 euros), et de modifier le mode de calcul de son taux de rémunération, afin qu'il colle davantage à l'inflation. Par la même occasion, il proposait de doubler le plafond du livret de développement durable (actuellement établi à 6.000 euros). Dans le premier cas, sa motivation était de donner plus de moyens au financement du logement social. Dans le second cas, il s'agissait d'abonder en prêts bonifiés les PME, et le tissu industriel.
Bien sûr, c'est ce que l'on peut appeler des prétextes, dans la mesure où le problème du logement social n'est pas tant un sujet de moyens financiers que de réserves foncières disponibles et de plans d'occupation des sols. La meilleure preuve en est que l'encours actuel des sommes déposées sur les Livrets A est un peu supérieur à 220 milliards d'euros, alors que les prêts effectués par la Caisse des Dépôts, à partir de ces sommes, pour financer l'habitat social, n'est que de 125 milliards d'euros. La différence est habilement placée et les intérêts servent à faire les fins de mois du Trésor.
Le doublement du plafond du Livret A (placement entièrement défiscalisé offrant un rendement de 2,25 %) à un moment où la nouvelle majorité entend aligner les revenus de capitaux sur ceux du travail et supprimer toutes les niches fiscales poserait de fait un problème de cohérence.
Puisqu'il permettrait, par exemple, à un ménage ayant deux enfants de placer 120.000 euros, en franchise totale d'impôts !
Mais là n'est pas le plus grave. Une telle mesure risquerait d'entraîner des mouvements massifs d'épargne, au détriment notamment de l'assurance vie, pour laquelle Michel Sapin promet un durcissement très net de la fiscalité. Et cela à un moment où cette forme de placement (en euros) connait une désaffection liée à la crise des dettes souveraines et à la baisse des rendements. Faut-il vraiment enfoncer "un cinquième clou sur le cerceuil" de l'assurance vie, alors que les souscripteurs de contrats financent indirectement 46 % de la dette publique française? N'est-ce pas là ouvrir la boîte de Pandore, au-delà du simple coût de cette mesure pour les finances publiques ?
L'autre danger macroéconomique d'une telle mesure est lié aux bilans bancaires. Actuellement, les deux tiers des sommes du Livret A sont centralisées à la Caisse des Dépôts. Le reste vient grossir les liquidités dont les banques ont tant besoin par les temps qui courent. Il n'est pas certain que le doublement du plafond du Livret A soit une bonne nouvelle pour les établissements bancaires qui pourraient voir s'échapper vers ce placement défiscalisé des sommes actuellement placées en comptes à terme. C'est dire si la mise en oeuvre de cette promesses tant de fois répétées pendant la campagne électorale, et dont l'application est prévue avant la fin juin, soulève plus de problèmes qu'elle n'apporte de solutions.
