
Le départ de Jean-Bernard Lévy, pour des raisons de désaccord stratégique avec Jean-René Fourtou, est tout à son honneur, après dix années de reconstruction et de développement de Vivendi.
Cela fait exactement dix ans que Jean-Bernard Lévy, ancien directeur de cabinet de Gérard Longuet au ministère de l'Industrie et des Télécommunications, ancien dirigeant de Matra Télécom, était recruté par Jean-René Fourtou pour remettre de l'ordre dans la maison Vivendi après l'ère Messier.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le job a été fait. Et bien fait ! le groupe de multimédias, qui ployait sous un endettement considérable, a vu son bilan assaini. Ses activités qui constituaient un patchwork désordonné ont été réorganisées. Des synergies ont été mises en place. Et surtout une stratégie de développement et d'acquisitions a pu reprendre, avec notamment la constitution d'Activision Blizzard ou l'achat du brésilien GVT.
Tout cela dans un environnement plus que compliqué, avec une pression fiscale accrue, des cadres réglementaires très changeants, le problème du piratage en matière de contenus et l'apparition désordonnée et inopportune d'un quatrième opérateur sur le marché français de la téléphonie mobile. Ne serait-ce que l'année passée, Vivendi a payé 600 millions d'euros d'impôts et de taxes nouvelles.
Bien sûr, il y a le cours de bourse qui n'est guère flamboyant, comme il ne l'est pas davantage chez France Télécom ou chez Bouygues, et encore moins chez GDF Suez ou EDF, bref dans toutes ces entreprises qui exercent beaucoup de leurs activités dans un domaine régulé par un Etat inconstant.
Face à cette désaffection boursière, il y avait deux possibilités. La première, tenir bon parce que si les marchés n'ont pas raison un jour, ils finissent toujours par reconnaître les mérites des bonnes stratégies. Et puis, céder aux pressions des analystes financiers revient en général à vendre une activité, puis une deuxième, puis une troisième, jusqu'à plus ne détenir que du cash à redistribuer. Pas très glorieux...
La seconde hypothèse consistait à pointer du doigt un problème stratégique. C'est ce qu'a fait Jean-René Fourtou, le président du conseil de surveillance, en annonçant une revue des activités qui laisse envisager que la priorité sera mise sur les contenus plutôt que sur les télécoms. De la part d'un industriel aguerri et reconnu, on pouvait s'attendre à plus de sang-froid!
C'est donc tout à l'honneur de Jean-Bernard Lévy de témoigner officiellement de son désaccord stratégique, surtout après le bilan flatteur dont il peut légitimement s'enorgueillir. Nul doute que l'avenir rendra justice à tout ce qu'il a fait pour Vivendi.
