
Le climat anti-patronal décrété par le gouvernement semble être là pour faire oublier que le pouvoir est impuissant à résoudre les problèmes de l'emploi, des plans sociaux et du pouvoir d'achat.
La légende veut que la Reine Marie-Antoinette, assistant de son balcon à la fameuse "Marche des femmes" sur Versailles, ait prononcé ces mots aussi cyniques que célèbres : "ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche !" Il s'agit bien sûr d'une légende due au fait que Louis XVI avait pour surnom le boulanger, et son épouse autrichienne, celui de boulangère. Mais c'est dans les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, publiées sept ans auparavant, que l'on trouve cette phrase désormais célèbre.
Tellement célèbre qu'elle semble inspirer le gouvernement actuel qui découvre petit à petit l'ampleur des problèmes qu'il a à gérer et l'impossibilité de tenir toutes ses promesses. Il découvre la gravité du chômage, le nombre grossissant des plans sociaux, la préoccupation des français en termes de pouvoir d'achat. Et face à son incapacité à répondre à toutes ces questions, il a trouvé un dérivatif : s'attaquer aux salaires des patrons. D'abord aux rémunérations des dirigeants d'entreprises publiques, ensuite aux parachutes dorés, et enfin à la clause de non-concurrence de l'ancien directeur général d'Air France, même si elle relève d'un contrat de droit privé, et même si elle a déjà été versée. En somme, le gouvernement applique cyniquement la formule : "ils n'ont pas de travail, qu'on leur donne des patrons en pâture".
Et naturellement, cette belle mécanique d'instrumentalisation de l'opinion publique fonctionne à merveille. A tel point que le 1er juin, les ouvriers de l'usine d'Angers de Technicolor arboraient des pancartes sur lesquelles étaient écrits ces mots : "Gardons nos usines et délocalisons nos patrons". Ils se savent implicitement soutenus par un ministre du Redressement Productif qui a traité les dirigeants de SeaFrance "d'escrocs".
Pour ceux que ce billet paraîtra excessif, je recommande la lecture du dernier livre de Franz-Olivier Giesbert, dans lequel le directeur de la rédaction du Point raconte par le menu la scène qui a conduit le petit état-major de campagne de François Hollande à convaincre ce dernier, en février dernier, d'adopter une posture très dure à l'égard des dirigeants aux salaires les plus élevés. Une réunion qui a conduit à fixer un taux marginal d'impôt sur le revenu de 75 % au delà de 1 million d'impôt sur le revenu, et qui avait surtout un but : replacer le candidat socialiste comme le candidat préféré des chômeurs, des français en difficulté et de tous ceux qui se sentaient attirés par la démagogie mélenchonesque.
Maintenant, c'est une chose que de livrer les patrons en pâture à une opinion publique à cran. Mais cela ne fait que reporter les problèmes. Et les faire résoudre par une France sans talent et plongée de nouveau dans la lutte des classes. Plutôt que s'inspirer de Rousseau, François Hollande aurait gagné à relire les discours de Lincoln. Et notamment cette fameuse déclaration d'investiture dans laquelle il rappelait ces principes de bon sens : "Vous ne pouvez pas donner la force au faible en affaiblissant le fort. Vous ne pouvez pas aider le salarié en anéantissant l'employeur. Vous ne pouvez pas encourager la fraternité humaine en encourageant la lutte des classes. Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche..."
