L'industriel breton va céder à Dentsu sa participation de 26,4 % dans Aegis. Une opération qui lui apporte 915 millions de cash et plus de 600 millions d'euros de plus-values (dividendes inclus).
Ce qui est bien avec Vincent Bolloré, c'est que lorsqu'il investit dans une société, il est sans doute le seul à savoir comment il en sortira avec une coquette plus-value. Tous les beaux esprits, les analystes, les commentateurs ont beau chercher. De la même manière qu'un puzzle se révèle aux yeux des observateurs uniquement lorsque le dernier morceau est placé. Avec Vincent Bolloré, c'est au moment où il vend, et seulement à ce moment-là, que l'on comprend pourquoi il a acheté.
L'industriel breton a donc signé, la nuit dernière, avec le japonais Dentsu un accord qui consiste à lui céder en trois temps son bloc de 26,4 % au capital d'Aegis, accumulé depuis 2005. D'abord le groupe Bolloré vend cash pour 535 millions d'euros près de 15 % du capital. Puis dans deux mois, il lui vendra 5 % de plus, une fois que Dentsu aura reçu les agréments nécessaires. Enfin, dès que le japonais aura lancé son offre en bonne et due forme, Vincent Bolloré soldera sa participation. Au total le conglomérat va recevoir 915 millions d'euros à comparer à 465 millions d'euros investis dans l'entreprise britannique. Mais si l'on tient compte du dividende exceptionnel versé l'an passé après la cession de Synovate et des autres dividendes, Aegis aura rapporté 610 millions d'euros au total à son actionnaire de passage.
Bien sûr, cette arrivée d'argent frais tombe au meilleur moment pour Vincent Bolloré, alors qu'il vient de dépenser 300 millions d'euros en l'espace de trois mois pour porter à 2,8 % sa participation dans Vivendi. Et cela en empruntant de l'argent à la Société Générale. Bien sûr, tout le monde le voit désormais réinvestir une grosse partie de ce cash dans des titres Vivendi, d'où la forte hausse de cette action ce matin, dans un marché pourtant baissier. Bien sûr, ce raid de Dentsu (ancien allié de Publicis) sur Aegis donne en même temps un peu plus de valeur à Havas, dont Bolloré détient désormais 37 %.
Mais l'industriel breton a montré qu'il sait être prudent et rester maître des horloges plutôt que de se laisser dicter les étapes par l'évolution des marchés. Pourquoi se précipiterait-il sur Vivendi, alors que beaucoup d'hypothèques pèsent encore sur l'avenir du groupe ? Pourquoi mettrait-il tous ses oeufs dans le même panier, lui qui gère sa tirelire dans une optique à très long terme et en prenant soin d'éviter une trop grande concentration des risques ? Pourquoi irait-il vite, alors que d'autres opportunités de cessions, de rentrées de cash, et de fortes plus-values, pourraient se présenter à lui avec les plantations d'huile de palme, dont la valeur est au plus haut ?
Il reste qu'un an après avoir cédé des titres Vallourec avec une gigantesque plus-value et à des niveaux de cours presque trois fois plus élevés que ceux actuellement observés, après avoir vendu Direct 8 pour une valeur plus qu'enviable, et après avoir racheté pléthore de ses propres titres au moment où ils étaient très décotés, Vincent Bolloré montre encore une fois, avec cette opération Aegis, à quel point il est le "money maker" sur la Place de Paris. Celui qui sait identifier, repérer et acheter des pépites, qu'un jour tout le monde se disputera. Ne serait-ce que pour cette seule raison, l'action Bolloré devrait bénéficier d'un goodwill au lieu de supporter une décote !


