Les gouvernements de notre bonne vieille Europe sont endettés jusqu'aux oreilles, jusqu'à mettre en péril l'euro. Ça, on le sait. Ce qu'on sait moins, c'est que nos Etats se prêtent entre eux. Et le problème est qu'ils se servent de l'argent emprunté non pour financer leurs investissements, mais pour assurer leurs dépenses courantes. Tous ont donc intérêt à faire durer ce jeu de "je te tiens par la barbichette". Le premier qui lâche se retrouve avec moins de dette, mais il se retrouve aussi avec pleins de voisins en faillite. Bref, tout le monde doit de l'argent à tout le monde.
Si on représente cet immense fatras de dette, ça donne cette oeuvre, qui évoque un peu une sculpture de César :
Quand on sait que l'unité est le milliard d'euros, il y a de quoi frémir.
C'est là qu'un groupe d'étudiants de l'ESCP se sont immédiatement demandés : "et si on fait du netting interbancaire sur tout ça, qu'est-ce que ça donne ?"
Je vous entends vous demander : "netting bancaire, dites-vous ?"
Derrière ce terme barbare, c'est en fait assez simple. Les multinationales ont des filiales dans plusieurs pays, qui s'achètent et se vendent des biens et des services. Plutôt que faire moults transferts financiers inutiles dans tous les sens, elles font un "netting", c'est-à-dire une compensation interne. Si Pierre doit 100 à Paul, et Paul doit 60 à Pierre, seul Pierre paye 40 à Paul. C'est un peu plus complexe en vrai, mais vous avez compris le but : réduire le nombre et le volume des transferts.
Mais revenons à nos barbichettes.
Nos étudiants de l'ESCP ont donc appliqué ce procédé aux dettes de nos gouvernements européens pour voir ce que cela donnerait une fois compensées toutes les dettes bilatérales.
Et ça donne le graphe suivant, nettement plus épuré :
Dettes européennes après netting
Et là, les résultats sont pour le moins surprenants.
Voici le résultat des courses :
- Le groupe de pays étudiés (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne, Royaume-Uni, France et Allemagne) peuvent réduire leur endettement de 64% par annulation croisée de dettes liées. La dette totale passerait de 40,47% à 14,58%.
- Six pays (Irlande, Italie, Espagne, Royaume-Uni, France et Allemagne) pourraient effacer plus de 50% de leur ardoise.
- L'Irlande pourrait réduire sa dette de presque 130% du PIB à moins de 20% du PIB.
- La France éliminerait quasiment toute sa dette, à seulement 0,06% !
A présent, remontez sur votre chaise, cher lecteur, et calmez votre joie. Vous pensez, ce netting serait en réalité bien plus compliqué qu'une simple soustraction. On ne peut donc hélas pas conclure cette belle simulation en disant que la France ne doit plus rien à personne.
Toutes les dettes ne se valent pas et, en bout de chaîne, elles sont toutes détenues par des particuliers. C'est donc un imbroglio bien plus complexe que pour des filiales de multinationales. Eh oui, comme dans tout, il n'y pas de solution miracle. Mais le principal mérite de cette simulation est de révéler au grand jour l'interdépendance des pays d'Europe entre eux.
Qui plus est, la France ne doit pas de l'argent qu'à quelques pays d'Europe ; sa dette hors-Europe dépasse les 1000 milliards d'euros.
C'est très décevant, j'en conviens. Mais ne m'en voulez pas, je ne suis que le messager.


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