Pour sauver l'euro, il reste à nos dirigeants encore quelques munitions, que l'on pourraient classer en quatre grandes catégories : la BCE, l'union bancaire, l'union fiscale, et le pacte de croissance (qui n'est rien d'autre que de la relance keynésienne qui ne dit pas son nom).
Seul hic, les mesures les plus efficaces sont aussi celles qui sont le plus difficiles à mettre en place.
1. La BCE
- Baisser les taux
C'est assez facile et ne requiert que l'accord du conseil des gouverneurs de la BCE. Cela dit, l'impact sur l'économie reste assez limité.
- Refinancer les banques (programme "LTRO")
La BCE prête à nouveau directement aux banques de la zone euro, comme elle l'a déjà fait en début d'année au taux de 1% pour 3 ans.
C'est aussi assez facile. La BCE l'a déjà fait, et elle peut le refaire; si le conseil des gouverneurs de la BCE est d'accord. L'impact sur l'économie est plus grand qu'une simple baisse des taux mais il reste tout de même modeste.
- Racheter directement la dette des Etats
C'est déjà plus difficile. Le conseil des gouverneurs de la BCE reste très réticent à appliquer un tel programme de rachat d'obligations qui peut, à terme, conduire la BCE elle-même à l'insolvabilité. L'impact sur l'économie est positif à court terme, mais ne règle en rien le problème d'insolvabilité sous-jacent.
- Elargir le mandat de la BCE
Faire de la BCE le prêteur en dernier ressort aux gouvernements de la zone euro. Les obstacles à cette mesure sont très forts. Le plus grand, et non des moindres, est que l'Allemagne s'y oppose farouchement. Cela requiert aussi de profondes modifications des traités européen.
L'impact sur l'économie serait fort ; cela permettrait à la BCE de mettre en place une politique d'assouplissement quantitatif, comme le fait la Fed aux Etats-Unis.
Union fiscale
- Booster les capacités du MES
Pas trop difficile à mettre en place mais requiert l'accord unanime du conseil du MES ainsi que des procédures nationales. Cela rassurerait les marchés, du moins pour un temps.
- Transformer le MES en banque
Très difficile à mettre en place. Requiert l'unanimité de conseil du MES et l'accord de la BCE. Une telle mesure règlerait la question du financement du MES.
- Emettre des billets de trésorerie européens (eurobills)
Difficile à mettre en place. Requiert une modification des traités européens et des lois nationales. Les besoins de financement des pays de l'Union européenne serait assurés pour 2 à 6 ans.
- Emettre des euro-obligations (eurobonds)
Très long et très difficile à mettre en place, l'émission d'eurobonds requiert une modification des traités européens et des lois nationales. L'impact sur l'économie serait immense. Les besoins de financement des pays de l'Union européenne serait assurés pour 5 à 6 ans. L'union fiscale serait alors totale.
3. Union bancaire
Toutes les mesures allant dans le sens d'une nuion bancaire nécessitent une modification des lois nationales et des traités européens.
- Régulation + supervision
Boosterait la confiance mais aurait un impact faible sur l'économie.
- Union bancaire totale
Le Royaume-Uni pourrait s'y opposer. C'est une solution de long terme, qui rompt le lien entre les banques et leurs Etats.
4. Pacte de croissance
Pour mettre en place les plans de relance keynésienne qu'ils affectionnent tant, nos dirigeants européens peuvent recourir à trois sources de financement :
- les project bonds
- les fonds structurels européens
- la Banque d'investissement européenne
Dans le même temps, les objectifs d'austérité pourraient être adoucis. On aurait alors une austérité "light" combinée à de la relance keynésienne classique.
Quelle que soit la munition utilisée, la dette ne disparaît pas ; elle est seulement déplacée ou mutualisée. Même si toutes ces mesures devaient être prises (ce qui est peu probable, convenons-en), l'Europe devra quand même rembourser ses dettes et réformer en profondeur ses économies non-compétitives. Faute de quoi l'Europe n'aura rien réglé ; elle aura seulement gagné encore un peu de temps. Et le temps est de plus en plus cher.

