Le microcrédit permet à des chômeurs, des titulaires des
minima sociaux, ou plus largement à tous ceux qui n’ont pas la confiance des
banques de créer leur entreprise en empruntant des sommes qui peuvent aller
jusqu’à 6.000 €.
La plupart des bénéficiaires se contentent de créer leur
propre emploi. Mais, selon l’Adie (Association
pour le Droit à l’Initiative Economique), dans un cas sur six, l’entreprise
se développe et embauche un salarié dans les trois ans à compter de sa
création. Une réussite pour des gens qui ont connu la galère avant de sortir la
tête de l’eau ! Mais certains ne s’arrêtent pas là. Portrait de quelques
micro-entrepreneurs exceptionnels qui se sont transformés en maxi-chefs d’entreprise.
André Combe, le N°1 du dépannage informatique :
Licencié en 1997, André Combe, commercial, peine à se
recaser. Sa compagne, Florinda, subit le même sort. Le temps passe, leur
situation financière se dégrade, à tel point qu’ils abandonnent leur
appartement cossu pour une fourgonnette aménagée en camping car. Après deux ans
et demi de vie nomade et de travaux agricoles, le couple, épuisé, parvient à
louer un studio à Biarritz à la faveur d’un emploi de serveuse trouvé par
Florinda. Enfin installé, André peut chercher des solutions. « Je me
suis dit qu’internet était une révolution, que bientôt une foule de gens allait
acheter des ordinateurs et qu’il faudrait quelqu’un pour les conseiller et les
dépanner. » Avec quelques centaines d’euros d’économies en poche, pas
facile de démarrer. Même ouvrir un compte bancaire est un chemin de croix.
Mais, ACP64 voit le jour en juillet 2001. Il obtient un crédit de 4.000 € de
l’Adie. Un an plus tard, il s’associe et crée Go Micro avec un grand projet en
tête : créer un réseau de franchises. En trois ans à peine, son affaire
explose. En 2005, Go Micro compte 40 agences, emploie plus de 100 personnes et
fait figure de numéro 1 du dépannage informatique en France. L’année suivante,
il annonce un chiffre d’affaires de près de 9 millions d’euros et des
ouvertures à l’étranger au Bénélux, en Espagne, aux Antilles, en Colombie…
Depuis le microcrédit jusqu’à la multinationale, cinq ans se sont écoulés… La
suite sera moins spectaculaire. Il cèdera son réseau en 2010 après avoir
accroché à son palmarès des grands comptes comme France Télécom et la Fnac.
Yves Tregoat, Assist Sécurité
Quand Yves Tregoat se décide à lancer son entreprise, il n’a plus rien à perdre : RMIste, surendetté et inscrit au fichier Banque de France. Ayant travaillé dans la sécurité, comme maître-chien, c’est dans ce métier qu’il se met à son compte. « J’ai eu la chance de croiser le chemin de l’Adie. A l’époque, il y avait un système de prêt de matériel. J’ai démarré avec une ancienne 4L de France Télécom. » Encore plus que le matériel, c’est la confiance et l’accompagnement dont il bénéficie qui lui mettent le pied à l’étrier. Après trois ans, il a quatre salariés et des bons clients réguliers, qui paient à 30 ou 60 jours. Mais un changement d’interlocuteur dans sa banque remet tout en cause. « J’ai eu affaire à un banquier zélé qui a décidé d’un coup de revoir tous les accords que j’avais obtenus pour gérer ma trésorerie du fait des délais de paiement. Résultat : il m’a rejeté la TVA, la paie des gars… tout aurait pu s’arrêter là !. » L’Adie lui permet à nouveau de faire face à ce coup dur, et c’est deux ans plus tard que son affaire décolle réellement. « Après cinq ans, la réputation était faite. J’ai commencé à remporter des gros contrats. » Aujourd’hui Assist Sécurité emploie plus de 100 personnes et réalise 2,7 millions € de chiffre d’affaires. « Une boîte internationale est venue me voir pour parler de l’avenir, en gros pour racheter l’entreprise. Mais à 56 ans, je ne suis pas encore à la retraite… »
Et l'avenir
Les prochaines success story sont en marche. Peut-être que ce sera le tour d’Héritier Luwawa, 29 ans, qui a lancé à Montreuil (93) Be Eco Services, une société de ménage écologique. L’affaire, qui a démarré voilà plus d’un an, compte déjà une vingtaine de salarié. Et Héritier ne compte pas s’arrêter là. Ou l’avenir sourira-t-il à Jérôme Crignon, 27 ans, et son système de nettoyage écologique de voitures ? Quelques mois à peine après avoir démarré son activité grâce à un microcrédit, il réussissait à racheter un concurrent, certes modeste, grâce, cette fois-ci, à un prêt bancaire. En tout cas, même s’ils n’ont pas encore fait fortune, ils vont connaître un moment de gloire. Tous deux font partie des créateurs d’entreprise qui viendront s’exprimer devant un parterre de décideurs à Sciences Po le 8 février pour un colloque « inversé » organisé dans le cadre de la semaine du microcrédit de l'Adie.



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