On dirait que les actionnaires des banques se sont réveillés, enfin. Certains actionnaires de Goldman Sachs ont fini par se manifester pour exiger que les primes soient réduites et qu'en revanche la part des bénéfices réinvestie dans la société soit relevée. Les pratiques de la finance ayant par ailleurs mis le monde politique en ébullition, c'est le moment idéal pour les banquiers de revoir leur stratégie de gestion.
Rien ne justifie vraiment que les financiers de la banque d'affaires soient payés comme les vedettes de cinéma ou les sportifs de haut niveau. L'idée bien enracinée qu'il faut rémunérer les meilleurs toujours plus, pour qu'ils continuent à produire des performances devenues de véritables biens marchands, n'en a pas moins été institutionnalisée sur tous les marchés oligopolistiques.
La fronde des actionnaires aurait pu s'attaquer à une cible plus pertinente que Goldman Sachs. Son enveloppe de primes devrait s'avérer être la plus confortable du secteur, mais elle ne sera pas forcément la banque qui paie le mieux ses salariés. D'ailleurs, ses actionnaires ont été gâtés. Dividendes compris, ils ont plus que doublé leur mise au cours des dix dernières années.
Pourtant, cette année, les salariés seront mieux lotis que les actionnaires. En 2008, Goldman Sachs avait développé une politique de réduction des rémunérations globalement plus sévère que celle de ses consoeurs, mais, en 2009, la banque s'apprête à égaler son record de primes de 2007. On s'attend toutefois à voir le bénéfice par action reculer de 20 % par rapport à 2007, sous l'effet d'une augmentation de capital destinée à consolider les fonds propres.
L'extravagance des rémunérations n'est pas un défaut propre à Goldman Sachs : elle se retrouve dans l'ensemble du secteur. De ce point de vue, ce serait une bonne chose que la figure de proue de la banque d'affaires montre l'exemple. En réduisant la masse salariale et en distribuant une part moindre des bénéfices, Goldman Sachs verrait progresser non seulement son bénéfice par action et son cours en Bourse, mais aussi des indicateurs sur lesquels la banque souhaite attirer l'attention des investisseurs, comme le taux de rentabilité financière. Même si les instances de régulation s'opposent au versement d'un dividende spécial cette année, la somme pourra toujours être mise de côté pour être distribuée ultérieurement aux actionnaires.
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