« Nous avons constaté que de plus en plus d’entreprises communiquent sur leur empreinte eau. Il se peut qu'un programme comme le CDP Water Disclosure Project ait contribué à les sensibiliser sur les enjeux liés à l’eau », relève Rolf D. Häßler de l’agence extra-financière oekom research, basée à Munich. Mis au point en 2002 par le professeur néerlandais Arjen Hoekstra de l’université de Twente, aux Pays-Bas, l’empreinte en eau calcule la masse d’eau nécessaire à la fabrication de biens, de services ou de produits, tout au long de la chaîne de production. Cette empreinte permet de chiffrer l’usage direct et indirect de l’eau et peut s’appliquer, à l’image du carbone, sur un individu, une collectivité, un pays ou une entreprise. Par exemple, produire un kilo de viande de boeuf nécessite 15 400 litres d’eau contre 2500 litres pour un kilo de riz et 1600 litres pour un kilo de blé. L’élevage bovin est en effet grand consommateur de mais, soja et autres céréales, dont la culture nécessite d’importantes irrigations. Par ricochet, l’empreinte en eau permettra de montrer qu’un Américain, grand mangeur de viande, aura une empreinte en eau cinq fois supérieure à celle d’un Chinois. L’Allemagne, grand importateur de produits agricoles, laisse quant à elle une forte empreinte en eau au Brésil (importation de soja destiné à l’élevage bovin), en Côte d’ivoire (importation de café et de chocolat)...et en France (importation de produits céréaliers). « Les problèmes d’eau correspondent souvent à la structure de l’économie mondiale. Beaucoup de pays ont externalisé leur empreinte en eau par l’importation des marchandises», précise Arjen Hoekstra dans une note explicative. « Ceci met la pression sur les ressources en eau dans les régions exportatrices, régions qui souffrent souvent d’un manque de gouvernance et de bonne gestion de la ressource ».
Prise de conscience
Pour le monde de l’entreprise, ces chiffres mettent en lumière des enjeux jusqu’ici discrets, passant après la problématique de l’empreinte carbone. Or, le cas de Coca-Cola dans ses sites de production en Inde est révélateur d’enjeux économiques, sociaux et environnementaux majeurs pour les entreprises opérant dans les pays en développement (voir article lié). Par ailleurs, la baisse des précipitations dues au réchauffement climatique, la pollution des nappes phréatiques par la culture intensive, la pollution des fleuves, rivières et lacs par l’industrie, à quoi il faut ajouter la hausse de la population mondiale, et donc de la demande en eau potable, amènent toujours plus d’entreprises à adopter une «stratégie eau» dans leurs directives. « L’eau est devenue une priorité pour un certain nombre d’entreprises », confirme le CDP Water Disclosure Project.* Dans son rapport pour l’année 2010, 67% des entreprises du panel déclarent que les enjeux liés à l’eau relèvent de la direction et 89% qu’elles ont d’ores et déjà développé des stratégies liées à l’eau. Avec un taux de réponse à 83%, l’Allemagne, pays exportateur s’il en est, toujours soucieux de soutenir ses champions nationaux mais aussi son Mittelstand dans le monde, figure parmi les meilleurs répondants du panel.
Vers une normalisation internationale de l’empreinte en eau ?
Pour autant, le CDP constate dans les réponses des entreprises « des divergences sur la méthodologie utilisée pour collecter les informations sur l’eau, ce qui rend la comparaison des résultats difficile ». Pour combler l’absence de standards internationaux dans ce domaine, l’organisation ISO travaille actuellement à la création d’une nouvelle norme permettant d’harmoniser ce calcul au plan international. Encore au stade de projet, la future norme ISO 14046 «Empreinte eau – Exigences et lignes directrices» compléterait les normes existantes sur l'analyse du cycle de vie (ACV) ainsi que celles relatives au management environnemental et à la comptabilisation des GES.

